Seuls dans les landes
Pendant quelques dizaines de kilomètres on longe la côte sur une route bitumée un peu passante mais aux paysages magnifiques avec ce beau temps, puis on s’arrête dans un hameau faire le plein d’eau avant de bifurquer. Sur la carte Lolo a repéré une petite piste où l’on sera plus tranquilles. Une fois sur place je suis assez septique : la piste c’est juste deux traces qui partent dans un champ derrière une barrière, mais bon je le suis. Changement de décor radical, nous voilà dans un immense champ de landes qui semble infini. La piste monte doucement en faisant des montagnes russes et elle est mauvaise, caillouteuse, avec parfois des coulées de lave, des portions défoncées et de sacrés raidillons. On avance à vitesse d’escargot mais qu’est ce que l’on est bien ici. C’est calme, paisible, au loin on voit les montagnes, derrière l’océan et à part quelques moutons éparpillés par groupes de 2 ou 3 et quelques oiseaux il n’y a que nous. On se demande juste où l’on va bien pouvoir caser notre tente parmi tous ces cailloux et ces plants de bruyère.
Et puis miracle, on découvre un endroit parfait juste au bord de la piste. Un cercle herbeux, plat, protégé du vent par une butte, et ensoleillé ! Après toutes ces nuits dans des campings, on apprécie notre tranquillité. On se sent aussi isolés qu’au milieu des Hautes Terres, et d’ailleurs lorsque le vent tombera dans la soirée on refera l’expérience du silence total.
Le lendemain c’est tout aussi chouette, mais également tout aussi lent. On mettra l’équivalent d’une journée de pédalage pour faire ces 35 km et l’après-midi est bien entamé lorsque l’on récupère le bitume.
Retour sur le bitume
On retrouve une route roulante mais aussi la circulation ! Ça grimpe, c’est venteux et il fait froid ! Depuis quelques jours les températures baissent mais là ça caille vraiment. La pluie s’en mêle et ça vire au déluge. On se fait doubler et éclabousser… Bref le bonheur total, avec quand-même en bonus un arc-en-ciel !
On retrouve le paysage mineral des Hautes Terres, et on retombe sur la portion de route 1 que l’on avait parcourue il y a quelques jours. La pluie s’est arrêtée mais on est trempés et le vent de face nous glace… Après avoir récupéré de l’eau à une rivière, on pose notre tente frigorifiés !
Petite halte au camping du renard arctique
Les Grenoblois que l’on avait rencontrés au volcan d’Askja nous avaient parlé d’un camping de la camping card, Möðrudalur, qu’ils avaient beaucoup aimé et parfait pour une pause, où il y a deux renards arctiques plus ou moins apprivoisés. On prévoit d’y passer deux nuits et une journée à ne rien faire.
Une fois sur place on est carrément moins enthousiastes qu’eux. Effectivement le cadre est très sympa. On vient de passer deux jours à pédaler en montée et nous sommes sur le plateau des Hautes Terres aux paysages si particuliers. La vue est très belle et on a pu y faire une jolie balade plate et facile. Sur le terrain de camping les sanitaires et l’espace cuisine où l’on peut manger à l’abri de la pluie et du vent sont de fabrication artisanale, tout en bois et semi-enterrée, ça a un sacré cachet. On verra bien un de leurs renards arctiques, tout gris car c’est l’été. Ils ont aussi un renne apprivoisé.
Mais au-delà du camping c’est vraiment businessland. Ce petit lieu-dit qui devait être à la base juste une ferme a bien profité de l’explosion du tourisme. J’ai trouvé des fascicules où ils se présentent comme une des fermes les plus isolées d’Islande. Tu parles, ils sont à 8 km de la route 1, l’axe principal du pays. Autour de la ferme ils ont construit plusieurs jolis bâtiments de logements et ils gèrent aussi un restaurant qui accueille des cars de touristes. C’est donc un défilé constant pour venir déguster une soupe d’agneau hors de prix. Y’a quand même un avantage pour Coco et Lolo c’est que ce resto tout aussi joliment aménagé que le reste du camping a un coin salon avec deux canapés, où l’on s’installe au chaud quand il n’y a pas trop de monde. Ça fait trop de bien car il fait super froid. Toujours ce vent glacial qui s’infiltre partout.
Lolo en a marre des restrictions !
Dur dur de s’en tenir au contenu de nos sacoches. C’est d’autant plus frustrant au camping quand depuis notre tente on sent les odeurs de gaufres et d’agneau grillé du resto, où les barbecues des fourgons… Mais nous ne sommes pas prêts à dépenser des fortunes pour ça, trop radins il faut croire !
D’ailleurs on espérait pouvoir se ravitailler à la boutique du camping indiquée sur notre carte cycliste et prolonger notre périple dans les Hautes Terres de 2 ou 3 jours en suivant une autre piste pour nous approcher du glacier. Mais pas de chance, à part des boîtes de Pringles, d’Oreo et des tablettes de chocolat il n’y a rien. On en s’en tiendra donc aux 7 jours prévus.
D’ailleurs en parlant de biscuits, Lolo adore en grignoter le soir dans la tente en bouquinant. Mais comme c’est restriction pas question de dépasser son quota journalier. Tous les soirs il les compte et les recompte pour savoir combien il pourra en manger le lendemain….
On retrouve les paysages lunaires
Quelques kilomètres après le camping on s’engage sur la piste F905, et l’on retrouve les paysages incroyables que l’on avait traversés en arrivant en Islande. Tout est désert, minéral, désolé et immense : un environnement lunaire. Il n’y a pratiquement pas de circulation, bref une piste comme on les aime.
Il y a juste un truc qui nous consterne : les traces de hors piste. Les paysages des Hautes Terres sont fragiles et de nombreux panneaux l’expliquent aux touristes. On ne peut pas ignorer que si l’on roule en 4*4 sur ces vastes étendues vierges les traces mettront des décennies à disparaitre. Jusqu’à présent on avait l’impression que les conducteurs respectaient les paysages, mais sur cette piste c’est terrible. Entre ceux qui quittent la piste sur quelques centaines de mètres et ceux qui en sortent pour faire quelques dérapages contrôlés, on est consternés par la bêtise humaine…
Il fait toujours aussi froid, à l’heure de la pose pique nique le compteur indique 7°… On essait de s’abriter du vent glacial derrière une bute de sable, mais rien à faire, ça souffle toujours. On est tellement gelés que notre semoule est vite avalée : au moins quand on roule on se réchauffe.
Traversées de gués glacées
Après avoir découvert les Hautes Terres islandaises sous un soleil de plomb il y a quelques semaines, nous y sommes maintenant dans une toute autre ambiance. Au froid s’ajoute l’humidité. Un crachin brumeux bien humide s’est levé, rendant les paysages encore plus irréels et mystérieux.
Nous devons franchir quelques gués. Ils sont peu profonds, mais comme le fond est recouvert de cailloux et qu’ils sont assez larges c’est difficile de les traverser sur les vélos. Comme je ne suis pas très dégourdie, j’enlève mes souliers et je pousse mon vélo. Mais Lolo lui est tellement frigorifié qu’il enfile des claquettes par précaution, et tente de garder ses pieds et ses mollets secs : parfois ça passe mais pas toujours.
Nous étions justement en train de nous rechausser après un passage à gué quand une auto s’arrête. A son bord une famille suisse bien épatée de nous croiser là sur nos petits vélos. On discute un peu et ils nous conseillent d’aller à Laugarvellir, un bain chaud naturel d’où ils reviennent. Eau à 38° dans un décor incroyable, ça donne trop envie, et en plus ils nous disent qu’il y a une petite cabane où l’on pourrait peut être dormir… Le problème c’est que c’est loin, encore une bonne trentaine de kilomètres de piste alors que l’après-midi est déjà bien entamée. Ça nous semble un peu trop ambitieux, mais ça nous motive dans les montées.
Une soirée 4 étoiles
A 18h30 il nous reste encore 15 kilomètres dont 12 de montée. L’idée d’avoir un abri pour la nuit nous motive et avec quelques biscuits pour reprendre des forces on y arrive ! Il est plus de 20h30 mais on ne regrette pas nos efforts. Après avoir monté un col et l’avoir en parti redescendu sur une piste vraiment très raide, nous voilà au milieu de nulle part, dans une petite vallée verte. Il y a bien deux cabanes, ouvertes, avec des tables et des chaises dedans : on aura un toit sur la tête cette nuit ! En descendant la piste on a croisé un 4*4, les derniers visiteurs qui repartaient, on est tout seuls !
On découvre un petit ruisseau aux algues presques fluos, c’est de là que vient l’eau chaude. On le suit et on découvre une cascade d’eau chaude qui se jette dans une mare, le tout surplombant la vallée. On y est, c’est magnifique. Il fait 5° et c’est dur dur de se déshabiller, mais une fois dans notre bain à 38° c’est le bonheur… Ça n’aurait pas pu mieux tomber, on vient de passer la journée la plus froide du voyage.
On profite de notre chance d’être seuls dans cet endroit magique et on se résout à en sortir quand une petite pluie se met à mouiller nos affaires. Mais c’est pas grave, ce soir on a un toit ! Ça sera la seule et unique fois en Islande. On remonte s’installer dans la cabane, on trouve des bougies pour s’éclairer et après notre bain on a l’impression de planer. Notre corps a emmagasiné plein de chaleur, il n’y a pas de vent !
Le lendemain en repartant on se rend compte de la chance que l’on a eue. Dès 8h des gens arrivent sur le site et à 9h30 lorsque l’on atteint le haut du col il y a déjà 5 véhicules sur place
En route vers Egilsstaðir
Pour rejoindre Egilsstaðir on avait prévu de passer par le canyon de Stuðlagil, même si cela nous obligeait à emprunter une portion un peu passante de la route 1. Mais en plus de nous conseiller les bains chauds de Laugarvellir, la famille suisse rencontrée hier nous a prévenu : c’est blindé de monde, et pas adapté pour accueillir tant de personnes, à tel point qu’ils n’ont pas fait la balade prévue. On décide donc de retourner jusqu’au barrage de Kàna, et de refaire en sens inverse la route jusqu’à Egilsstaðir, prise quelques semaines plus tôt. Elle était tranquille et belle.
On récupère la piste F910 jusqu’au barrage où on pique-nique au même endroit que la dernière fois et on discute avec une sympathique rangers. Les glaciers ont beaucoup fondu cet été et le niveau du lac est anormalement haut. Avec ce temps brumeux l’eau semble encore plus laiteuse et blanche.
On retrouve le bitume et c’est beaucoup plus facile de pédaler dans ce décor désertique. Aucun regret d’être repassé par le même endroit. À l’aller c’était ensoleillé, au retour un froid humide et brumeux transforme les paysages. Cette fois pas question d’admirer le glacier au loin, c’est bouché. Une chose reste constante c’est le vent, ce terrible vent, que l’on a encore une fois dans la gueule. Non seulement il faut lutter contre cet ennemi invisible pour avancer, mais en plus il est glacé et chargé de gouttes de pluie. On est frigorifiés malgré toutes les couches de vêtements. On pensait dormir en haut du col pour y passer notre dernière nuit sur les Hautes Terres, mais finalement on décide de descendre au bord du lac, 650 mètres de dénivelé plus bas. Je comprends mieux pourquoi on en avait bavé à le monter, les pentes sont supers raides. Quand je pense que l’on avait nos saccoches pleines de bouffe… En tous cas la descente est magnifique, surtout avec le soleil et les couleurs chaudes du soir. On ne voit vraiment pas la même chose en faisant la route dans un sens ou dans l’autre.
Arrivés en bas la température a doublé. On passe de 6° à 12° et surtout il n’y a presque plus de vent. Ça fait trop de bien, et on apprécie notre bivouac au milieu des sapins avec une petite vue sur le lac. Le lendemain matin il nous reste 30 km à rouler le long du lac pour rejoindre Egilsstaðir et son magasin Bonus où l’on pourra s’offrir un bon pique-nique !