Un moral qui fait le yoyo
On a beau être « rustiques dans la famille » comme dit Martine la bigoudène, l’Islande ne nous ménage pas et après plus d’un mois à vivre tout le temps dehors, on a des coups de mou depuis quelques jours. Les difficultés que l’on a à se construire un itinéraire cohérent n’arrangent rien car on a l’impression d’essayer d’occuper le temps qu’il nous reste. Mais le moral finit toujours par remonter dans ce pays où les paysages sont tellement beaux que l’on trouve toujours à s’émerveiller. Un endroit de bivouac parfait, une soirée abritée du vent avec un rayon de soleil pour nous réchauffer, ou bien un pique-nique amélioré parce que l’on a fait une bonne affaire en date courte, et nous voilà remotivés!
C’est un peu comme le temps en ce moment. On quitte Egilsstaðir sous un crachin qui devient pluie, on s’arrête trempés jusqu’à l’os 3 heures plus tard, popote sous la tente car ça mouille toujours, et le lendemain matin c’est grand ciel bleu pour tout faire sécher et repartir au sec !
De l'autre côté de la vallée
Nous avons quitté Egilsstaðir avec comme objectif de récupérer la piste F917 pour y passer le col de Hellisheiði Eystri. La rangers du barrage nous a dit qu’il était très raide mais magnifique. L’Islande quoi ! On quitte le lac au bord duquel on a campé en suivant une piste super tranquille, on découvre une reconstitution d’église viking et on pique-nique au bord d’un petit canyon . Nous sommes au pied d’un massif montagneux et de l’autre côté d’une large vallée il y a le massif que l’on avait longé pour aller voir les macareux à Borgarfjörður, au tout début de notre séjour. La vue sur les montagnes dont les sommets sont encore enneigés est belle et pour une fois la route est plate sur plus de 35km, mais devinez quoi ? On a le vent dans le nez bien sûr, et ça souffle. On passe devant un camping camping-card dans l’après-midi, pas envie d’y dormir mais on prendrait bien une douche. On défalque une nuit, on profite des sanitaires encore déserts à cette heure, on se douche et on pédale jusqu’au pied du col. Demain matin on sera direct dans le dur.
Un col magnifique
A l’attaque de ce fameux col ! La météo annonçait de la pluie mais finalement même si c’était couvert au réveil ça se dégage petit à petit. On avance tout doucement en profitant de la vue sur la vallée qui se termine en une baie de sable noir. Plus on monte et plus c’est beau. En haut un grand plateau désertique battu par le vent. C’est pierreux et la seule végétation c’est des mousses vertes qui semblent presque fluo sous le soleil. Le tout avec la mer en arrière-plan… On se sent minuscules dans ce décor grandiose.
La descente sur l’autre versant est complètement différente, mais tout aussi belle. Pas de pointe de vitesse par contre, c’est gravilloneux et très raide, y a intérêt d’être concentré et de ne pas prendre trop de vitesse.
Une fois en bas on retrouve le bord de mer avec de belles falaises pleines d’oiseaux. C’est tellement joli et tranquille que l’on s’arrête plus tôt que d’habitude. Les moutons nous acceptent sur leur terres et il y a une cascade à 200 mètres pour se fournir en eau. C’est vraiment un truc incroyable en Islande, cette eau pure et potable que l’on peut récupérer dans les rivières. Pour les Bretons que nous sommes c’est une vraie utopie !
Arrivée à Vopnafjörður par le sud
Depuis notre bivouac on apercevait Vopnafjörður, où l’on est passé il y a quelques semaines en arrivant du Nord. On passe donc au pied des montagnes que l’on admirait depuis la ville. Finalement c’est amusant de revenir au même endroit par un chemin différent et de reconnaitre des lieux tout en les voyant sous un autre angle.
Notre piste la plus difficile
Pour faire une boucle en évitant la route 1 (notre obsession en Islande) Lolo a repéré une piste qui apparaît sur notre carte de cyclistes, mais qui sur notre carte électronique est notée comme un chemin de randonnée. On se méfie un peu car on avait déjà repéré une piste comme ça il y a quelques semaines et les locaux nous l’avaient fortement déconseillée (piste peu visible, gros gués et circulation inexistante si on avait un problème). La propriétaire du camping où l’on s’est douchés l’a déjà prise en hiver sous la neige, et nous a dit qu’en juillet deux de ses clients l’avaient faite en VTT électriques et que les gués n’étaient pas trop profonds. On décide donc d’essayer.
En début d’après-midi on quitte la piste, on passe une barrière et on suit des traces de roues dans un champ. Le temps est couvert et bien humide, mais le soleil fait de belles percées. Pas moyen d’avoir froid car ça monte hyper raide, et comme c’est gravilloneux ou défoncé il faut souvent pousser. La piste doit être utilisée par le fermier pour récupérer ses moutons mais on se demande vraiment comment il passe certains tronçons. Entre l’état de la piste et la raideur de la pente il doit avoir un 4*4 de compèt’.
Le soir on finit par pauser notre tente sur un sol pas vraiment plat mais avec une très jolie vue sur le plateau où l’on avait campé près d’un lac un soir de grand vent. On y avait admiré les jeux de lumières du soleil sur les montagnes où l’on dort ce soir !
Le lendemain matin on a l’impression que l’on n’arrivera jamais au col. Ça monte mais en faisant des montagnes russes pour passer pas mal de petits gués, il faut se déchausser à chaque fois… Bref on met plus de 3 heures pour parcourir 12km…
Au sommet il y a une cabane. On se demande bien comment ils ont pu monter le matériel pour la construire… En tous cas tout est fermé. Dommage pour nous, on aurait bien mangé à l’abri… En se collant contre elle on est un peu protégés du vent… mais pas de la pluie qui se met à tomber…
La descente tant attendue se fera donc en mode glaçon : trempés et glacés par le vent. Au final on ne va pas beaucoup plus vite qu’en montée tellement la piste est mauvaise. Glissante et pleine de cailloux, avec des gués glacés à traverser… Mais on est tranquilles, on ne croise personne et c’est magnifique. Quand les nuages se lèvent un peu on voit les névés sur les sommets pas loin de nous.
Après avoir bien descendu on arrive sur un endroit un peu plus plat et surtout bien vert, en bordure de rivière. Vu que l’on n’a croisé personne depuis plus de 24h on se dit que c’est un endroit parfait pour un bivouac comme on les aime ! Y a juste un problème : ce soir on a un rendez-vous téléphonique avec un couple de Copenhague : ils ont déposé une annonce de petsitting pour une semaine à la mi-septembre, mais avant de valider notre venue ils souhaitent nous avoir en visio. Coup de chance, on a du réseau, même si on a eu chaud. Un gros grain nous est tombé dessus pendant une heure et demi juste avant l’heure convenue et les téléphones ne captaient plus rien… Au final après un rapide échange c’est validé, on ira garder leur chienne et leurs 3 chats ! La perceptive de se poser 1 semaine au chaud dans une maison dans un mois nous rebooste !
Le lendemain matin on pensait dévaller les derniers kilomètres de descente, mais pas du tout. Jusqu’au bout la piste restera mauvaise et glissante et nous continuons à avancer à vitesse d’escargot. Une fois en bas on est assez fiers de nos vélos. Pas de casse, tout a tenu. Pourtant on les a vraiment malmenés ces dernières 48h. Les vélos Nazca c’est vraiment du costaud.
D'un extrême à l'autre
Après cette boucle vraiment magnifique nous voulons découvrir le fjord de Mjóifjörður au sud de Seyðisfjörður. Pour cela il faut repasser par Egilsstaðir qui va devenir notre plaque tournante. L’avantage c’est qu’à chaque fois qu’on y passe on peut se ravitailler au Bonus et s’offrir un bon pique-nique.
On passe la nuit au bord du lac à une vingtaine de kilomètres de la ville. On se dépêche de monter la tente car on voit le ciel se couvrir, le temps est menaçant mais c’est très étrange, la pluie n’arrive pas et on a l’impression que la température monte.
Le lendemain matin c’est incroyable, grand ciel bleu et il fait chaud. On petit déjeune en t-shirt, on est trop bien au bord de notre lac… Dur dur de décoller ! On finit par se mettre en route, je fais des courses, on pique-nique à l’ombre, et pendant ce temps la température continue de monter. Vous allez dire que l’on ne sait pas ce que l’on veut mais là le choc thermique est vraiment impressionnant. Pour atteindre le fjord il y a un col à passer et il fait une chaleur telle en ce début d’après-midi que l’on préfère se trouver un coin à l’ombre en plein courant d’air et attendre 17 heures pour se mettre en route. On n’aura pas le temps d’aller tout au bout du fjord, mais tant pis.
Bon choix car à 17h mon compteur indique 38.3°, et c’est vraiment ce que l’on ressent. En farfouillant un peu sur internet je lis qu’Egilsstaðir a un climat plutôt froid mais qu’il peut y avoir des pics de chaleur l’été. On est en plein dedans!
Mjóifjörður en pleine canicule
Première grimpette passée, on se pose pour la nuit dans une vallée avant le col, bien plus raide.
Le lendemain il fait toujours aussi chaud et on revoit nos ambitions à la baisse. Plutôt que de s’infliger la montée descente puis remontée d’un col bien raide par plus de 30° sur une piste poussiéreuse, on va se poser quelques kilomètres plus loin. Comme il n’y a pas un arbre à la ronde, Lolo nous fabrique un petit abri où grâce au léger vent frais nous sommes bien, pile poil à la bonne température. Autour de nous des montagnes, et le calme. Parfait pour bouquiner.
Dans l’après-midi, aussi soudainement qu’elle était apparue la chaleur s’en va. Le vent se lève pour de bon, froid comme d’habitude. Je me dis que je vais en profiter pour juste monter le col et le redescendre du même côté pour voir la vue. Lolo lui a la flemme. Finalement au bout de quelques kilomètres je fais demi-tour, j’ai le vent de face, il y a du passage sur la piste et à chaque fois les véhicules m’envoient plein de poussière à la figure. C’est vraiment pas agréable. A défaut d’avoir pu admirer le Mjóifjörður, on aura profité du calme de la vallée qui y mène.
Seyðisfjörður, terminus de notre périple islandais
On passe une dernière fois par Egilsstaðir, et on grimpe notre dernier col islandais. La descente vers Seyðisfjörður est vraiment magnifique, sous le soleil. Ça change de l’ambiance brumeuse de nos débuts. La route est bonne et on peut profiter de la descente.
Une fois en bas on s’installe au camping où l’on a prévu de se poser 2 journées pour se reposer un peu avant de se lancer sur les routes des îles Féroé. Je suis contente je retrouve ma bouilloire sous les marches de l’église où je l’avais cachée il y a 6 semaines. Au programme de notre séjour : lessive, déambulation dans les rues du village et virée à vélo jusqu’à la réserve ornithologique de Dalatangi tout au bout du fjord : une balade d’une quarantaine de kilomètres très belle, le long de ce bras de mer encaissé entre deux montagnes. Par contre on passe à deux doigts de la catastrophe : sans sacoches l’équilibre est vraiment différent sur les vélos, et la piste est glissante. Sans compter que Lolo avait regonflé les pneus pour le bitume, sans penser à ce bout de piste. Ça ne loupe pas, je dérape dans une descente et tombe sur mon genoux ! Un bon gros hématome et quelques écorchures mais rien de cassé, ouf !
Je vais aussi faire un tour à la piscine municipale, pour profiter du sauna et des bains chauds. Excellente idée, à Seyðisfjörður les bains chauds sont en extérieur, avec vue sur les montagnes. En cette fin d’après-midi le soleil les éclaire de couleurs chaudes, et moi je barbotte dans mon eau à 38°… J’adore ces bains chauds!
Un camping de pipelettes
On passe donc 3 nuits dans ce camping qui se remplit progressivement avec des passagers qui vont embarquer jeudi matin sur le Norröna. Il y a plein de Français et avec nos vélos et nos drapeaux bretons on ne passe pas inaperçus. Les gens viennent nous parler, et une fois que l’on a discuté avec eux on les connait, et quand on les recroise, forcément on reste discuter… Bref on passe deux jours à jacasser en Français et ça fait du bien ! On rencontre des gens vraiment très sympas, ayant fait le tour de l’île en fourgon ou en 4*4. On se fait même offrir une boîte de pâté Hénaff bio par un retraité morbihannais. Un cadeau qui nous va droit au cœur et que l’on savoure. On rencontre aussi Gurvan, qui après m’avoir entendu parler 30 secondes me demande si je ne suis pas Finistérienne. Il paraîtrait que j’ai un accent… Lui a grandi entre Brest et Landerneau et vit maintenant à Rennes avec sa copine allemande Joséphine. Ce sont des connaisseurs en aurores boréales qui nous donnent quelques tuyaux… Dommage c’est un peu tard.
Avec tout cela le temps passe vite et il est déjà temps de lever l’ancre et de quitter ce magnifique pays.
Et alors l'Islande ?
Avec l’Écosse, l’Islande c’était vraiment l’objectif de notre voyage, ça faisait des années que l’on rêver d’y venir. On a quand même un gros regret. Ne pas y être venus il y a 10 ou 15 ans avant que ça ne devienne un pays Instagrammable. Nos amis Tonio et Val nous avaient prévenu, « c’est trop touristique pour vous, vous allez être déçus ».
Déçus, non vraiment pas. Même si on a découvert qu’un petit quart du pays on s’en est pris plein les yeux. La nature est reine et partout c’est magnifique, sauvage et grandiose. En restant dans le quart nord-est du pays, on a pu rester éloignés des circuits touristiques et nous étions la plupart du temps tranquilles et seuls. Pareil sur les routes, à part entre Myvatn et Husavik on a roulé sur des pistes et des routes avec très peu de circulation. Les campings par contre c’était autre chose. Ils n’ont pas augmenté leurs infrastructures malgré l’explosion du tourisme et ils sont surpeuplés le soir avec pas assez de douches ni de wc.
Mais, il y a un mais… Une impression un peu bizzare de pays « parc naturel ». Même sans côtoyer des flots de touristes on sent bien que l’équilibre entre habitants et visiteurs n’y est pas. D’ailleurs on voit très peu de locaux, même dans les villages que l’on a traversés. La plus part des islandais avec qui on a discuté étaient des vacanciers. Dans les grandes villes c’est probablement différent, mais là où nous sommes passés ça nous a manqué de côtoyer la vie locale.