du 21/11/2025 au 03/12/2025

A l’assaut des montagnes de Calabre

Le 27 décembre 2025 par Coco

Pour rejoindre la pointe de la botte italienne nous décidons de suivre un itinéraire vélo, la Ciclovia Parachi Calabria. Au programme 545 kilomètres à parcourir sur des petites routes en traversant 4 parcs naturels et en avalant 10 240 mètres de dénivelé ! Tout cela en étant la plupart du temps à plus de 1000 mètres d'altitude. Au menu, des arbres par milliers, beaucoup de pluie et d'humidité et très peu de degrés !

Calabria, la Calabre

La Calabre est une région de montagnes où seulement 9% du territoire est plat. Du fait de cette géographie elle est longtemps restée enclavée et privée de voies de communications, et c’est actuellement la région la plus pauvre d’Italie. Une mafia très puissante y règne : ‘Ndrangheta.

Nous y avons passé une grosse douzaine de jours où l’on s’est sentis très bien dans cette région, on y a croisé des gens sympathiques, des magnifiques paysages et apprécié de découvrir un coin moins touristique.

Nous avions deux possibilités. Traverser la Calabre par les montagnes, zone peu habitée, sauvage et tranquille mais à l’approche de l’hiver nous craignons qu’il y ait de la neige sur l’itinéraire vélo que l’on avait repéré, haut en altitude. Autre option, suivre la côte, pleine de magnifiques plages et de jolies petites villes, mais beaucoup plus urbanisée et avec des routes beaucoup plus fréquentées.

On se décide finalement pour la montagne en se disant que si ça ne le fait pas on pourra toujours regagner la côte.


On prend des forces à Castrovillari

On rejoint la Ciclovia Parachi Calabria à Castrovillari, petite ville de 20 000 habitants, perchée à 360 mètres d’altitude et entourée de montagnes. Après 11 jours de pédalage et de bivouac on s’y pose deux nuits pour se reposer un peu et repartir tout propres.

Encore une fois le hasard fait bien les choses. Durant le jour et demi que nous passons à Castrovillari les grosses averses s’enchaînent et on est bien contents d’être à l’abri. Comme il n’y a pas de laverie automatique dans cette ville, seulement des pressings hors de prix, la corvée de lessive nous occupe un bon moment.

Entre deux averses on arrive quand-même à découvrir le petit mais charmant vieux centre, ainsi que les rues animées de la ville. Castrovillari est beaucoup moins touristique que les villes italiennes où l’on s’est arrêtées jusqu’à présent, et on s’y sent bien.

On loge dans une minuscule maisonnette, dans une étroite ruelle. Dans les vieux quartiers du sud de l’Italie les logements ont l’air d’être souvent très petits et sombres avec peu d’ouvertures, la porte d’entrée faisant office de fenêtre. Les maisons ont une porte doublée avec juste des barreaux pour laisser passer l’air mais que l’on ne puisse pas entrer. Quand on se balade on passe régulièrement devant des portes ouvertes donnant directement sur la pièce de vie.

On est parés à repartir, le soleil est de retour mais la météo des jours suivant n’est vraiment vraiment pas engageante… Tant pis on y va on verra bien !


On retrouve les montagnes

Pendant qu’il pleuvait à Castrovillari, il neigeait sur les sommets. On commence donc à monter en admirant les montagnes aux sommets tout blanc en profitant du soleil et du ciel bleu.

On découvre les magnifiques villages perchés qui seront notre quotidien dans ces montagnes. Par ici si vous voulez trouver un magasin pour acheter à manger il faut monter. Mais on aime bien traverser ces paisibles petites villes pleines de ruelles. Et je trouve qu’ici en Calabre les maisons sont mieux entretenues et beaucoup moins délabrées que ce que l’on a pu voir ces dernières semaines.

Le premier soir on campe à près de 1000 mètres d’altitude et on profite d’une magnifique vue sur toute la vallée avec la mer en arrière-plan. C’est magnifique mais vivifiant. Ça caille terriblement ! Et la pluie finit par s’en mêler.

Le lendemain c’est toujours froid et pluvieux, et on entame une longue descente : on va redescendre vers une vallée quasiment au niveau de la mer et forcément c’est plus peuplé et plus circulant. Une fois remonté sur les hauteurs on retrouvera le calme des montagnes.


La Calabre, terre de Pandas

Les voitures c’est pas du tout mon truc. Un gros SUV toutes options ne me fait absolument pas rêver, pour moi une vieille auto qui roule et qui ne coûte pas une fortune en frais de garagiste c’est la voiture parfaite. C’est pour cela que j’aime bien ce que je vois sur les routes de Calabre.

Sans exagérer je pense qu’ici au moins une voiture sur 4 est une Fiat Panda. Y’en a de toutes les époques, les modèles récents, mais aussi tout plein de vieilles Panda des années 90. Mais attention ce ne sont pas des poubelles déglinguées. Les calabrais semblent soigneusement les entretenir, et elles durent. Mes préférées ce sont les Pandas 4*4 ! Il y a aussi les vieux modèles Fiat Cinquecento (500),  et toutes ces petites autos sont bien pratiques pour circuler et se garer dans les ruelles étroites.

Par deux fois, au détour d’une ruelle on a croisé des  papy au volant de leur Fiat 500 version années 60 ( https://www.classicnumber.com/fiat-500-l-collection-a-vendre-136234.html ). La voiture de leur jeunesse tellement bien entretenue et bichonnée qu’ils s’en servent toujours pour aller faire leurs courses. La classe !


Mais aussi terre de cinghiale

Cinghiale, le mot Italien pour dire sanglier ! Plusieurs fois lorsque l’on a demandé si l’on pouvait mettre la tente dans un champs, on nous a répondu oui, mais attention aux sangliers. Et effectivement quand on y regarde de plus près on voit souvent des sols labourés par ces cochons sauvages.

Par deux fois après avoir planté la tente et avant d’avoir dormi Lolo en aura même vu passer dans NOTRE champ. Mais depuis que j’ai fait des recherches et que je sais qu’il n’y a pas de cas recensés de campeurs tués par une attaque de sangliers je n’ai presque plus peur et je dors sur mes deux oreilles ! Une phobie de vaincue ! 🎉


Toujours autant de chiens mais moins de déchets

En Calabre c’est comme en Basilicate, dans les campagnes les gens ont pleins de chiens. Souvent ils ont 3, 4 ou 5 chiens, plutôt des grands modèles qui sont en liberté et surveillent la route. Mais ici ils sont beaucoup plus sympas, parfois ils aboient pour la forme, et si on s’arrête ils se laissent carresser avec plaisir.

À nos pause pique-nique, on a régulièrement la visite d’un chien, souvent très bien élevé qui vient nous voir sans quémander. Comme on ne fait plus de petsitting, on est ravis de profiter de leur compagnie et on leur réserve toujours un bout de pain fromage !

Niveau décharges sauvages et déchets qui traînent partout on apprécie qu’il y en ait beaucoup moins dans les montagnes de Calabre. Peut être que c’est parce que la densité de population est très faible. En tous cas on voit dans les villes traversées que les gens doivent trier les déchets. Ils ont souvent 5 poubelles : compost, verre, plastique, papier et le reste.


Du froid de la pluie et même un peu de neige

Si on m’avait dit que j’aurai aussi froid en Italie je n’y aurais pas cru…  Dès que le soleil se couche et il fait entre 0 et 5°C… Pour préparer le souper et dîner il faut superposer les couches de vêtements, et le bonnet est indispensable. Mais le pire c’est le matin, quand il faut sortir de son duvet et enfiler ses vêtements glacés…

A cela il faut ajouter l’humidité ambiante. On aura eu quelques gros grains, mais heureusement jamais trop longs et pas mal de petite pluie. Mais même quand il ne pleut pas dès que la nuit tombe tout condense. Au petit matin qu’il pleuve où pas l’herbe et la tente sont trempés. Et pas moyen de sécher quoi que ce soit avant la pause du midi. Même quand il y a du soleil, on est déjà sur nos vélos quand il est assez haut pour apporter un peu de chaleur !

Notre tente n’étant pas prévue pour être utilisée sous la neige (les arceaux ne peuvent pas en supporter le poids), on craignait un épisode neigeux. On y a échappé de peu : en passant le plus haut col de l’itinéraire à 1565 mètres on aura pu voir les restes de ce qui est tombé la veille !


Le réconfort chaleureux des cafés

Heureusement on a trouvé un bon moyen de se réconforter et de se réchauffer. Lorsque l’on croise un café on s’y arrête et l’on se commande un café ou un cappuccino accompagné d’un cornetto fourré au chocolat… Après ça on est prêt à gravir n’importe quelle côte !


Des arbres, des arbres et encore des arbres

L’itinéraire cyclable que nous suivons est réputé pour ses routes tranquilles, sans circulation et les paysages sauvages de ses parcs naturels. Nous en traversons 4, les parcs du Pollino, de Sila, des Serre et de l’Aspromonte. Effectivement après avoir passé Acri, nous roulons parfois plusieurs heures sur des petites routes sans croiser une seule auto. C’est vraiment chouette.

On est par contre un peu déçus de ne pas avoir eu plus de points de vue. Sur cet itinéraire le dénivelé est très important, tous les jours on monte entre 800 et 1000 mètres, et on est parfois un peu frustrés de ne voir que des arbres.

Mais quand il y en a, les points de vue sont vraiment magnifiques. La Calabre étant assez étroite la mer n’est parfois qu’à 15km de nous à vol d’oiseau, et on voit très bien la côte. Alors quand avec un peu de chance le soleil pointe son nez pile poile au bon moment, c’est très chouette !


Les forêts version sinistre

Les forêts ce n’est pas mon milieu préféré, notamment au moment de camper. Je trouve toujours ça un peu sinistre de planter ma tente encerclée de tous ces arbres qui craquent.

Dans le parc de l’Aspromonte, je suis servie… Il est a peine 16h quand Lolo me trouve un petit coin de bivouac, parmi les arbres… Je me dis que l’on trouvera mieux plus loin, on a encore 1 heure avant la nuit. On continue notre route, ça monte et nous voilà dans le brouillard. Décor de rêve pour moi, forêt épaisse, brouillard, nuit qui commence à tomber….

On finira par s’engager dans un petit sentier, où après avoir dépassé une carcasse de machine à laver abandonnée (c’est moins pire en Calabre mais on reste quand-même dans le Sud de l’Italie où les détritus sont rois !), on trouve un petit coin d’herbe entouré de grands arbres dénudés. La photo semble claire car prise en mode nuit mais en réalité il faisait très sombre quand Lolo a monté la tente. Avec ce brouillard, et un peu de luminosité car c’était une nuit de pleine lune…on se serait cru sur le tournage d’un film d’horreur tellement c’était lugubre. Mais bon une fois dans notre tente, bien au chaud dans nos duvets, on est dans notre petit chez nous…


Dernier bivouac face à la Sicile

Nous avons aussi eu de chouettes coins de bivouac en traversant les forêts de Calabre. Des clairières paisibles, sans bruit où l’on a pu admirer des magnifiques ciels étoilés, un petit coin d’herbe avec vue sur le clocher de la jolie basilique Santa Madonna Di Porto (et un accès aux WC publiques installés pour les pèlerins : même si il n’y avait pas d’eau chaude c’était bien plus agréable pour se laver que dehors par 2°), ou bien près de la cabane de jardinier d’un monsieur qui à défaut de pouvoir nous faire dormir dedans tellement c’était le bazar, nous a offert des bières.

Je n’avais jamais réalisé que la Sicile était si proche de l’Italie. Pour notre dernière nuit en Calabre nous installons notre tente dans un verger d’oliviers face à la Sicile. Il nous reste 700 mètres de dénivelé à descendre demain et de cette hauteur la vue est vraiment magnifique. Face à nous les lumières de Messina (Messine) qui s’étalent sur une longue bande côtière plate. Juste derrière des montagnes à perte de vue. Le lendemain en descendant on apercevra brièvement le sommet de l’Etna, au loin avant qu’il ne soit englouti par les nuages.