du 21/12/2025 au 05/01/2026

Fêtes de fin d’année en Sardaigne

Le 2 mars 2026 par Coco

Dernière étape de notre périple à travers l'Europe, la traversée de la Sardaigne.

A Cagliari, on retrouve l'Italie du nord

Après une traversée de 12 heures en ferry, nous débarquons à Cagliari de nuit, sous un épais crachin. Grosse surprise, c’est très différent de Palerme et on a vraiment l’impression de retrouver l’Europe que l’on connait. Tout est propre, il n’y a pas de déchets qui traînent, les bâtiments sont entretenus, il y a des vrais trottoirs, et pleins de feux tricolores.

C’est une ville construite sur plusieurs collines qui est agréable à découvrir. On a particulièrement aimé se balader dans le quartier historique de Castello. Il est perché sur la plus haute colline de la ville et entouré d’un haut mur de fortifications. Pour y accéder en plus des escaliers il y a même des ascenseurs qui le relient au reste de la ville. Il y a pas mal de marches à monter mais une fois en haut on profite  de magnifiques points de vue de tous les côtés, ville, mer, campagne, lacs… Et comme partout en Italie on ne se lasse pas de déambuler dans les étroites ruelles pavées, et ici les façades sont mieux entretenues !


On quitte Cagliari

On passe une journée à Cagliari et en quittant la ville on décide de faire un détour vers le nord-ouest pour faire d’une pierre deux coups. Il y a un  Décathlon et comme Lolo a une fuite lente sur son matelas il faut que l’on achète un tapis de sol pour améliorer ses nuits. À quelques kilomètres de là se trouve la nécropole punique de Tuvixeddu. Le site est aménagé comme un parc où un système de chemins et de passerelles permet de découvrir des centaines de tombes creusées dans le calcaire de la fin du 6ème au 3ème siècle avant notre ère. Une visite guidée aurait été plus instructive, car sans explications autres que quelques recherches sur internet, cela m’a surtout fait penser aux colonies de lapins des dunes du pays bigouden !

Puis nous retraversons la ville pour la quitter par le parc naturel de Molentargius qui marque sa limite est. L’endroit est assez surprenant pour un parc naturel, car il est entouré d’immeubles et de routes. Cela n’a pas l’air de déranger les flamants roses qui s’y prélassent pour notre plus grande joie. Une bonne occasion de pique-niquer en les admirant.


La côte sud-est de la Sardaigne

On rejoint enfin la mer ! On commence a traverser une zone balnéaire très bétonnée, puis les plages deviennent falaises et la côte sauvage. La route serpente le long de falaises abruptes qui se jettent dans la mer : la vue est magnifique. De temps en temps les falaises laissent place à une petite plage souvent accolée à des petits villages de résidences secondaires, très calmes en plein mois de décembre.

On en profite pour s’offrir un chouette bivouac sur une dune sableuse. Faut faire attention à ne pas mettre de sable partout, mais c’est tellement chouette de s’endormir avec le bruit des vagues.


Noël à l'italienne

J’aime bien l’ambiance qui règne en Italie à l’approche de Noël. De ce que l’on a pu en voir en traversant la Sicile et la Sardaigne, on est loin de la frénésie consumériste française. Nous avons visité Cagliari, la plus grosse ville de Sardaigne un 22 décembre. Dans les rues commerçantes il y avait du monde, mais les gens n’étaient pas surchargés de sacs et de paquets. Pareils pour les courses alimentaires, rien à voir avec le rush français et les embouteillages dans le parking des supermarchés. En faisant nos courses du jour un 24 décembre, on avait l’impression d’être un jour normal.

Par contre ici il y a des crèches de Noël partout : les italiens assument leurs traditions catholiques sans que cela fasse polémique. Moi qui adore les crèches, je suis servie ! Et comme Mme Morel ils attendent le 25 décembre pour y ajouter le petit Jésus.

Ils s’en donnent aussi à cœur joie avec les illuminations. Dans les villes et villages ça scintille de partout ! Heureusement que l’on s’offre plus souvent des nuits au chaud ces temps-ci. Cela nous permet de découvrir les villes de nuits et parées de leurs habits de lumière.

Et puis en Italie, il y a deux jours fériés, le 25 décembre et le 26, ajouté en 1947 à la liste des fériés. Il celebre San Stephano, St Etienne et c’est un jour consacré à la famille.


Un compte rond pour Noël

Cette année on n’a pas envie de fêter Noël juste tous les deux. Pas d’hôtel ni de festin au programme. On vise juste un bivouac en bord de mer. Et finalement on est gâtés. Entre deux villages balnéaires, dans une zone agricole, on s’engage sur un long chemin de terre bien détrempé qui nous mène à la mer. Juste au dessus de la plage déserte, un terrain avec des pins dont le grillage est défoncé. La vue est magnifique, le spot idéal. On est ravis. Et quand je jette un œil à mon compteur qui doit approcher des 10 000 kilomètres, je me rends compte que l’on vient juste de les atteindre, le compte rond !

On s’installe en admirant le coucher de soleil, et une fois la nuit tombée, on voit apparaître des feux. On hallucine, qui peut bien venir là dans la nuit à 18h30 un 24 décembre ? Un camping-cariste italien qui veut être seul avec son chien pour Noël. Lui aussi n’en revient pas se trouver seul. Il ne voit jamais personne ici en hiver, et encore moins pour le réveillon de Noël. On discute un moment avec lui et puis chacun regagne son « logement » pour son « non réveillon »!

Le 25 décembre est humide, très humide. Comme on aime en baver en grimpant des cols, on quitte la côte et on repart dans les montagnes. Notre Père-Noël sera un jardinier italien, qui à la nuit tombante alors que l’on galère pour trouver un coin pour poser notre tente, nous installe dans le hangar de son copain et nous offre l’œuf du jour de ses poulettes. C’est un peu le bazar dans le hangar mais on est au sec et bien contents d’éviter le déluge. Déluge tellement prévu pour l’après-midi suivant et le surlendemain que l’on transforme un « bon resto » offert par un autre Père-Noël en France, en « bon dodo au sec ».

Excellent choix, même si il a moins plu qu’annoncé, on était vraiment mieux avec un toit sur la tête, et cela nous a permis de découvrir le charmant village de Loceri. On y est allé car c’était là qu’il y avait la chambre dispo la moins chère du secteur et finalement on a été ravis de se promener dans un village aux murs pleins de jolies peintures. On avait l’impression de marcher au milieu d’un jeu Dixit géant, pour ceux qui connaissent ce super jeu de société !


Y a du monde sur les routes !

On repart sous le soleil, et on profite des jolies petites routes de montagnes tranquilles et sans circulation. Mais nous ne sommes pas seuls, loin de là. Par ici les montagnes appartiennent au bétail. Sur les routes on croise moutons, vaches et plus surprenant, cochons ! Tout ce petit monde évolue en totale liberté et pas de féroces patoux pour les surveiller. J’adore devoir ralentir pour laisser passer un cochon. Ils ont l’air bien plus heureux ici que sur leur caillebotis bretons, et leur viande doit être bien plus savoureuse.

Le soir on pose notre tente au bord d’une petite route entre deux montagnes à 1000 mètres d’altitude. Ça sera la nuit la plus froide de notre voyage. Au petit matin tout est givré et ma gourde restée sur le vélo est devenue un énorme glaçon. Il lui faudra un bon bout de temps pour décongeler. Tout comme notre tente, on est obligés d’attendre que le soleil soit assez haut pour la dégeler avant de pouvoir la démonter.

On a une pensée pour Charley, un chien de chasse que ses chasseurs n’ont pas réussi à récupérer hier soir. Pendant une bonne heure on les a entendu l’apeller, mais impossible de le faire revenir. Comme ils nous ont vu installer notre tente ils ont profité de l’aubaine et nous ont confié une laisse pour le récupérer si jamais il revenait pendant la nuit. Pas moyen de les contacter car pas de réseau, mais ils devaient repasser le matin. Au final dans la soirée on a bien entendu le chien aboyer, on l’a appelé, mais il n’est jamais revenu. On espère qu’il s’est trouvé un terrier pour se protéger du froid pendant la nuit.


Les Mamuthones

En traversant des villages de la province de Nuoro je suis surprise de voir des magasins de ce que je pense être des masques africains en bois. En fait ce sont des masques de Mamuthones, un des types de masques du carnaval sarde qui représente des esprits ancestraux liés au monde rural dans la tradition populaire de Sardaigne. Nous sommes un peu trop tôt pour pouvoir les voir défiler. Ils seront de sortie pour la fête des feux de St-Antoine à la mi-janvier, puis au moment du carnaval. Le défilé de carnaval le plus célèbre est celui de Mamoiada, et effectivement en traversant la ville on y voit fresques et sculptures les représentant.


Les "strada bianca"

En Sardaigne les Strada bianca, les routes blanches, ce sont toutes les petites routes de campagne non bitumées. Sur la carte elles sont dessinées de la même façon mais une fois sur place c’est la loterie. Elles peuvent être bien roulantes à vélo mais ça peut aussi être très caillouteux, ou des routes de terres qui deviennent très très boueuses quand on a la bonne idée de découvrir la Sardaigne en hiver, ou bien on peut se retrouver à rouler dans le sable. Bref par moment on a l’impression d’être de retour sur les pistes islandaises ! Parfois aussi elles débouchent sur les sentiers piétons impraticables à vélo et alors pas le choix, il faut pousser pour passer.

On apprécie la tranquillité et la circulation quasi inexistante des strada bianca, un peu moins la gadoue… Les vélos n’ont jamais été aussi sales et on use nos patins de freins à vitesse grand V.


Une fin d'année gadouilleuse

Pour clore 2025 on pensait s’offrir un joli bivouac en bord de mer, mais un enchaînement de strada bianca bien défoncées nous ralentissent. On se trouve un joli champ d’oliviers où l’on est bien cachés pour notre festin du soir. Au menu apéro avec des Ichnusa, bières sardes, des seadas, sortes d’énormes raviolis ronds garnis de fromage et de zest d’orange, et un joli plateau de biscuits locaux.

Dès 22h les Italiens qui raffolent des feux d’artifice s’échauffent… Ça pétarade de tous les côtés jusqu’à 1h du matin, mais on ne verra rien, on est trop encaissé parmi nos oliviers.


2026 débute sous le soleil

On commence l’année sous le soleil. On s’offre une pause café/cornetto au premier village traversé et on a la bonne surprise de pouvoir observer une colonie de flamants roses sur le lac de Cabras juste avant de rejoindre la côte. On se prévoyait un petit pique-nique tranquille au pied du phare du capo San Marco mais tout le monde semble s’être donné rendez-vous sur cette jolie presque île. Trop de foule pour nous, on va chercher un coin plus calme le long de la côte sauvage. Une mer d’un bleu magnifique, des grandes dunes, des plages… Un cadre idyllique…enfin presque ! C’est infesté de moustiques. Dès que l’on s’arrête de rouler ils arrivent en escadron. On comprend mieux pourquoi il n’y a pas grand monde à profiter des lieux. Un Italien nous explique que l’été c’est bien pire.

Pour notre premier bivouac de 2026 on teste le mode restriction d’eau. La route blanche repérée par Lolo traverse un terrain de golf privé où l’on ne peut pas rentrer. On doit faire un grand détour par un immense maquis sableux et désertique. Pas possible d’atteindre le prochain village avant la nuit, il va falloir se contenter d’un litre et demi d’eau pour boire, manger et ne pas se laver… Adieu les pâtes, heureusement on a notre ration de semoule de secours ! C’est la première fois du voyage que l’on se trouve en manque d’eau.

Mais le lieu est joli et vraiment sauvage et isolé. Par contre c’est le royaume des sangliers évidemment. Il y a des traces partout et on les entendra roder autour de la tente pendant la nuit. Mais c’est pas grave j’ai même plus peur !


Un air d'Écosse

Le soleil ne dure pas et l’on retrouve vite le froid et l’humidité. Entre Bosa et Alghero nous suivons une route côtière vraiment magnifique. Une côte sauvage de montagnes à la végétation rase se jetant dans la mer. Avec le ciel gris, les nuages qui cachent les sommets, le vent et le crachin, on a l’impression de revenir quelques mois en arrière sur les côtes écossaises. Parfois un rayon de soleil vient tout illuminer, c’est vraiment très beau.


Derniers coups de pédales sous le déluge

Avant de rejoindre Porto Torres pour prendre notre ferry direction Toulon on prévoyait de découvrir la presque-île du golf d’Asinara. Mais encore une fois c’est la grosse grosse pluie… On décide donc d’aller directement à Porto Torres, et de passer notre dernière nuit en Italie au sec. Notre dernier bivouac aura donc été dans les bois face aux lumières d’Alghero, avec au milieu de la nuit la visite d’un sanglier qui a été bien surpris de se retrouver face à notre tente !

On arrive à Porto Torres trempés et dégoulinants. Ça y est c’est fini, notre périple se termine, demain on embarquera sur un ferry et on retrouvera la France….