du 19/06/2025 au 26/06/2025

Ô plat pays

Le 7 juillet 2025 par Lolo

Nous voilà pédalant aux plats pays, en transit entre l'Ecosse et l'Islande.

L'appel du 18 juin

Le 18 juin, ce n’est pas le Général de Gaulle qui nous appelle, mais plutôt le ferry Princess Seaway, de la compagnie danoise DFDS. L’appareillage est prévu pour 17h30. Nous sommes largement en avance, et ça tombe bien puisque l’embarquement débute dès 14h, cyclistes en premier, appréciable. Surtout que dehors c’est le cagnard. Nous nous apprêtons à trouver une table dans l’un des salons et sortir notre pique-nique… et patatra, il est interdit de manger ou boire ses propres victuailles en dehors de sa cabine ou en extérieur ! Allez, retour à notre petite cabine sans hublot. Mais ce n’est pas si mal, d’autant plus qu’il y a de jolis cadres un peu partout pour la déco, et une boutique détaxée où l’on s’offre une bouteille de blanc… car ce soir c’est apéro, pour fêter notre itinéraire bien bouclé en Grande-Bretagne ! Mais avant cela, on profite de la présence de l’association ORCA (Oceanic Research and Conservation Association) pour se joindre à un petit groupe sur le pont 9, pour observer la faune, et qui sait peut-être voir cette fois-ci une baleine. Les jumelles sont de sortie, la mer est calme, et nos yeux, aiguisés par nos nombreuses saisons voile passées, repèrent déjà dauphins et fous de Bassan. Mais point de Moby Dick.
Le lendemain matin 9h, nous voici arrivant dans le port de Ijmuiden, proche d’Amsterdam. Me vient alors un souvenir qui contraste fort face à ce paysage bien plat. 5 semaines plus tôt à bord du ferry nous ramenant des Hébrides extérieures, on se sentait tout petits devant les montagnes des Highlands qui s’étendaient à perte de vue autour d’Ullapool. Et de se demander alors comment nous allions nous y faufiler à vélo. Ici au plat pays, nous n’aurons pas ce genre de difficulté !
Une page du voyage se tourne.


Premiers tours de roues à plat

Dans le ventre du ferry, avant que sa gigantesque gueule ne s’ouvre, je prends le temps de changer de côté à nos rétro. Eh oui, conduite à gauche à nouveau, et ce jusqu’à la fin du voyage !

A peine débarqués, nous lisons en gros BREST sur ce que je suppose être des halls. Quelle culture de l’accueil ! Mais c’est bien la seule chose que nous comprenons, tous les autres panneaux étant en néerlandais.

Autre chose remarquable après quelques kilomètres à rouler : nos roues foulent toujours ou presque des pistes cyclables, remplies de vélos utilitaires, dont des vélos cargos. « Musculaires » et électriques. C’est fluide, propre, plutôt rectiligne. A l’image du pays ? Agréable en tout cas, d’autant plus que les piétons ont leur propre voie. Chacun à sa place, et ce n’est pas un détail !

Il semble facile de repérer les touristes que nous sommes des cyclistes néerlandais : à l’exception des sportifs, ils ne portent pas de casques, ni adultes ni enfants. Question d’habitude.


Castricum exchange

Une quinzaine de kilomètres plus tard, dont la traversée du Noordzeekanal par bac, nous voici déjà à Castricum. Ça file sur le plat ! Ce sera notre lieu de villégiature pour 3 jours. Nous logeons dans le bel appartement d’Ingrid, via une plateforme d’échange de maison. Pendant ce temps Ingrid n’est pas chez nous, mais en Islande (coïncidence). C’est un échange en différé, voire même plutôt circulaire, grâce à un système de points. De belles balades à faire, et à seulement une demi-heure de train d’Amsterdam.

Autre chose : notre colis nous attend comme prévu dans l’appart, nous y trouvons le matériel qui vient remplacer celui défectueux, ainsi qu’un peu d’équipement supplémentaire pour l’Islande. Essais concluants pour le réchaud et le matelas, ouf ! Et on renvoie vers Landerneau un peu de matériel inutile.

On se trouve tellement bien à Castricum que l’on y reste un jour de plus. On restera dans les temps pour choper notre ferry à Hirtshals le 8 juillet. On a un peu l’impression de s’encroûter, mais on a aussi du boulot : carnet de voyage à compléter, et se documenter sur l’Islande. On commence d’ailleurs à appréhender un peu les difficultés qui nous attendent là-bas, mais c’est normal non ?


Balades autour de Castricum

Dès le premier jour nous partons en rando pédestre. Nous quittons rapidement la petite ville, traversons la voie de chemin de fer, et nous voilà à l’ombre dans la forêt, ça fait du bien. Car plus de doute, l’été est là, on suffoque (toujours à se plaindre du temps, c’est vrai…). Le sentier forestier débouche sur une zone humide, et depuis un affût nous pouvons observer aux jumelles cormorans, hérons, canards sauvages… Nous arrivons ensuite devant la dune, dernier rempart avant la mer, qu’il faut gravir sous le cagnard. Une fois sur la plage on respire enfin, grâce à l’air marin, ouf !

Chaque soir on se fait une petite balade dans la ville, qui même si elle est bien rangée et rectiligne, nous plaît avec la nature qui y reste bien présente.

Lors de l’une de nos promenades, nous remarquons des sac-à-dos attachés à des portes drapeaux devant certaines maisons. Un riverain nous explique alors que les examens sont terminés, et en cas de succès le sac signifie que c’est la fiesta de célébration !


Amsterdam

On prend une journée pour visiter la capitale. Au programme, ce n’est ni l’ambiance torride du quartier rouge, ni celle planante des coffee shop, mais plutôt celle de l’occupation nazie… le musée Anne Franck. Mais déception, il fallait réserver longtemps à l’avance. On passe donc directement à la suite : déambuler sans but précis dans la ville. En faisant bien attention aux vélos, il y en a tellement ! Il fait beau et chaud, il faut trouver de l’ombre pour le pique-nique, et manger une glace pour se rafraîchir. On va trouver des ruelles plus calmes le long de petits canaux, on s’offre en boulangerie un délicieux boterkoek (l’équivalent du gâteau breton, en un peu moins bon évidemment, surtout par rapport à notre référence, celui de Marifrance). Sous les conseils d’Amandine dine dine, on visite la grande bibliothèque : il y fait bon, il y a des toilettes, et surtout la terrasse du dernier étage offre une vue dégagée sur la ville.

Petite anecdote : Coco m’avait déjà parlé des pauses photos Instagram, elle en avait vu de beaux spécimens à Venise. Eh bien j’en ai eu la démonstration à Amsterdam : une fille qui prenait des pauses « de couvertures de mauvais magasine people » devant un canal, sa copine la photographiant, ça a duré peut-être une bonne vingtaine de minutes. Au même moment sur l’autre rive, un photographe immortalisait l’amour de deux jeunes mariés, incomparable. Alors que la simple et chic séance photo des mariés était terminée, nos 2 instagrameuses continuaient leur show ridicule. Difficile à décrire, mais ça vallait son pesant de cacahuètes !

Bon c’est pas tout ça, l’agitation et la mode de la grande ville ça va un moment, mais je ne suis pas mécontent de remonter dans le train et retrouver le calme de Castricum…


On the road again

Et c’est reparti, cap sur Hirtshals. Il nous faut traverser les Pays-Bas, l’Allemagne et le Danemark. J’avais lancé rapidement un calcul d’itinéraire il y a quelques jours pour estimer le temps que cela nous prendrait. Une promenade de santé avions-nous pensé. C’était sans compter que les algorithmes de calcul, que ce soit Osmand ou Komoot, nous emmènent le long des grands axes, puisqu’ils y trouvent de la piste cyclable. C’est insupportable, il faut donc préparer au jour le jour un itinéraire avec soin pour que le défilement des kilomètres reste agréable. En fait les pistes cyclables étiquetées rouge sont les voies rapides et directes entre 2 villes, utilisées par exemple par les vélos-taffeurs, tandis que celles étiquetées vert sont celles pour la promenade, on y croise par exemple les retraités ! Ça va alors beaucoup mieux, mais ça augmente considérablement la moyenne journalière à tenir, puisque les distances s’allongent !

Pendant plusieurs jours nous filons vent dans le dos sur du bitume droit et lisse, itinéraire tiré au cordeau. Il semblerait que nos vélos s’ennuient et ont le bourdon, ils nous chantent la complainte des Highlands perdus. Dit moins poétiquement, au-dessus de 20 km/h sur un bitume impeccable, nos pneus à crampons (même si ce ne sont pas des VTT) bourdonnent, bzzzz !


Bivouac

Le bivouac est interdit aux Pays-Bas, tout comme en Allemagne et aux Danemark. Mais bon, on ne va quand-même pas payer le camping tous les soirs !

On s’en sort bien pour ce premier pays… en partant de Castricum nous n’avons que 3 nuits à passer :

– Nuit 1 : sur un terrain herbeux en contre-bas d’un van, des Néerlandais. Ils nous disent que le bivouac est comme le cannabis : illégal mais toléré. Et que ce coin est référencé sur l’appli park4night. Bref, ça rassure Coco.

– Nuit 2 : on plante la tente chez Kristianne et Roelof en warmshowers. Ça permet de discuter avec des locaux. On nous offre de bonnes baies sauvages du jardin.

– Nuit 3 : on plante la tente près d’un lac. Le lendemain matin, alors que nous avons tout rangé, et que nous nous abritons tant bien que mal de la pluie contre une petite cabane toilettes/ vente de glaces pour finir notre petit dej, le tenancier de la dite cabane arrive en voiture spécialement pour nous sermonner pour avoir campé ici (le promeneur qui passait là hier soir en nous faisant salut lui a téléphoné…), c’est interdit dans son pays, on doit le savoir, et il nous dégage.

On quitte le pays sous la pluie… et providence, on trouve une autre cabane de l’autre côté de la frontière !


Avec du beurre tout est meilleur

Selon l’adage (et ce n’est pas mon père qui me contredira, puisque je le tiens de lui), mais surtout avec le conseil de Keith (notre hôte warmshowers en Ecosse), nous ajoutons du beurre à notre porridge. Non pas salé, mais de cacahuète. Et c’est vrai que c’est meilleur !

Le porridge, c’est la bouillie que Coco nous prépare tous les matins en bivouac (en pause c’est pain-beurre-confiture), qui nous donne l’énergie pour appuyer sur les pédales jusqu’au pique-nique du midi.

La recette : mettre de l’avoine à gonfler dans de l’eau chaude (si besoin froid ça le fait aussi), y ajouter des morceaux de fruits (pomme, banane… ce que l’on trouve dans notre sacoche), des raisins secs, éventuellement un peu de sucre… et le fameux beurre de cacahuète, au préalable délayé dans un peu d’eau chaude. Bon appétit !