La North Coast 500
Après 2h30 de navigation depuis le nord des Hébrides extérieures, nous débarquons à Ullapool, petite ville où l’on se serait bien posés deux nuits au camping pour un grand nettoyage. Et ça tombe bien il est en bord de mer. On va voir mais on fait vite demi-tour : un grand champ bondé de camping-cars avec un petit coin où les tentes sont agglutinées, le tout en plein vent.
Quelques kilomètres plus loin on se trouve un petit coin tout aussi venté mais on y est tranquilles et la vue est magnifique. Avec doudoune et bonnet on profite du coucher de soleil.
Nous voilà donc partis sur la célèbre North Coast 500, une boucle de 500 miles, soit 830 km, qui fait le tour de la pointe nord-ouest des Highlands et qui traverse des paysages magnifiques. Le problème c’est que comme dans les Hébrides, il n’y a qu’une seule route et c’est très passant. Lolo est prêt à faire demi-tour mais on se dit qu’on va attendre de voir ce que ça donne 15 kilomètres plus loin, où il y a possibilité de faire un long détour par une petite route.
Excellent choix : sur cette single track road on roule tranquille et les paysages sont tout aussi magnifiques entre lacs, montagnes et ajoncs en fleurs.
Rando au Stac Pollaidh
Dominique, collègue de Lolo, lui avait conseillé la rando du Stac Pollaidh. Une boucle d’environ 2h30 pour monter au sommet de cette montagne et admirer une vue à 360°. On est tentés mais on se demande si on pourra laisser sans surveillance nos vélos avec toutes les sacoches. En tous cas vu d’en bas il est très impressionnant et on se demande bien par où passe le sentier.
Au départ de la boucle il y a un parking, et on arrive à planquer nos vélos derrière un préfabriqué. Le circuit est bien caillouteux et avec nos souliers à cales (pour se clipper aux pédales) il faut faire attention, mais nos efforts pour grimper sont largement récompensés par une vue incroyable. Entre lacs et mer, paysages désertiques. Pour ma part je n’aurai pas le droit à la vue à 360°, mon fichu vertige m’empêche de faire les dernières centaines de mètres.
Un super conseil, merci Dominique !
Première attaque de midges
Une fois redescendus on ne roule pas bien longtemps, un superbe coin d’herbe juste au dessus d’un lac nous tend les bras. Comme d’habitude ça souffle fort, mais en installant le réchaud derrière la tente, on est abrités pour cuisiner et manger. Souper face à la montagne que l’on vient de gravir, c’est la classe. Et le bord du lac devient notre salle de bain !
Le lendemain matin la journée commence bien : on apprend que l’on a une nouvelle petite cousine : Clémence est née la veille. Le vent est tombé , le soleil est là, on va être bien pour prendre le petit déjeuner. Mais quand on ouvre la tente ils sont des milliers à nous attendre et à se jeter sur nous : les horribles midges! Grâce à Val et Tonio on est équipés, on a des moustiquaires de tête. Mais même comme ça c’est infernal, ils arrivent à nous piquer. On plie bagage et on va prendre notre petit-déjeuner quelques kilomètres plus loin.
Et il n’y a pas que les midges qui nous piquent. Les tiques aussi adorent le sang français… Tous les soirs on sort la pince à tiques pour s’en décrocher une ou deux… On a l’impression d’être Cap Nord au retour d’une rando en Auvergne ! Pourtant dès que l’on va dans les herbes hautes on adopte un look d’enfer : pantalon dans les chaussettes !
Petite halte à Scourie
On suit notre petite route entre lacs, mer , plages et montagnes. Par ici c’est désertique. On roule au milieu des landes, et de temps en temps on croise un petit hameau où l’on peut se ravitailler en eau. Souvent il y a plein d’arbres autour des zones habitées, ce qui leur donne un petit côté oasis. Mais ce n’est alors pas toujours évident de trouver un coin pour planter la tente. Soit le sol est trop spongieux près des lacs, soit la végétation des landes ne nous le permet pas. On se retrouve à planter la tente sur un coin d’herbe en haut d’un col. C’est en plein vent, un avantage finalement pour chasser les midges.
On récupère la route principale et sa circulation, mais on arrive vite à Scourie, minuscule village où il y a un camping, et là c’est la bonne surprise !
Le camping est petit, face à la mer et dispose d’un chouette coin en terrasses pour les tentes. Les emplacements sont bien délimités, on ne se sent pas agglutinés les un aux autres, la vue est trop belle, la proprio très sympa et il y a une machine à laver et une petite supérette juste à côté. Même Lolo trouve ça bien ! On s’y pose donc pour deux nuits, sous le soleil, le temps de nous mettre au propre, de mettre le site à jour et de s’offrir un apéro ! En plus nos voisins sont sympas, notamment une écossaise du sud de l’Écosse qui fait elle aussi du vélo et nous donne pleins de bons conseils pour la suite de notre itinéraire.
En repartant on fait un stop chez un réparateur de vélo car j’ai cassé mon bidon, et sans celui-ci ce n’est pas possible de boire en roulant. Il n’y a pas de magasin, juste un cabanon dans le jardin, mais le monsieur qui tient ça est un vrai passionné et semble hyper calé en mécanique vélo. Dans son cabanon il y a des trucs partout. Du neuf, de la récup. Il semble tout avoir. Il me vend un bidon neuf, au même prix qu’à Decathlon, et Lolo en profite pour lui montrer son dérailleur avant qui a un soucis. Il fonctionne mais il pourrait lâcher. Après un examen minutieux, Lolo et le mécano tombent d’accord pour le laisser en place et pour 5 £ il lui vend un dérailleur d’occasion au cas où.
Vraiment une bonne adresse !
Route 500, trop c'est trop...
On quitte Scourie et on approche de notre but, le bout de l’Écosse. Encore un col à passer, au milieu des landes désertiques, et sur une petite route single track. Chouette programme me direz-vous. Le problème c’est que la route principale qui était a deux voies jusque là est devenue une route à une seule voie. Il y a beaucoup moins de circulation d’autochtones, mais toujours autant de vans, fourgons et camping-cars. On passe notre temps à s’arrêter pour laisser assez de place aux camping-car pour nous croiser ou à saluer ceux qui se sont arrêtés ou ont largement ralenti. J’ai l’impression d’être la reine d’Angleterre en plein défilé !
Juste avant Durness il y a une grande baie de sable un peu rouge. Quand on arrive, la mer descend, laissant apercevoir le sable là où la mer est peu profonde ce qui fait un jeu de couleurs incroyable sous le soleil. C’est tellement beau que l’on s’arrête planter la tente au ras de l’eau. Bon choix, le soir, grâce aux jumelles que Lolo m’a offertes on peut observer une loutre qui pêche et mange face à nous.
Poisse matos
Le lendemain matin c’est la poisse … Le réchaud ne marche plus, et qui dit pas de réchaud, dit pas à manger !!!
On pousse jusqu’à Durness, petit hameau qui marquera notre point le plus au Nord.
Loïc appel le service après-vente du réchaud et on passe une bonne partie de la matinée à gérer cette histoire car il faut leur envoyer des vidéos et la connection n’est pas au top.
Pendant que Lolo fait ça je décide de tirer un peu de liquide au distributeur… qui avale ma carte bleue ! Impossible de la récupérer, il n’y a pas de banque c’est juste un distributeur, et il faut que je fasse opposition.
Le lendemain ça sera mon super matelas thermarest tout neuf et hyper confortable qui va se mettre à fuire… Toutes les 2 heures il faut le regonfler… Mon Lolo est tellement sympa que comme il dort moins que moi, il prend mon matelas et me donne le sien…
Malgré tout cela, on est bien contents d’avoir réussi notre premier objectif du voyage et d’être tout au nord de l’Écosse. On pique-nique face à la mer, en face il n’y a que de l’eau !
Retour sur les petites routes
On hésitait à suivre la route 500 jusqu’à John o’Groat la pointe nord est, mais non. Même si la route côtière est magnifique avec des plages incroyables surtout sous le soleil, ce défilé de camping-car et fourgons nous saoule trop… et là réciproque est certainement vrai !
Et puis des belles plages on en a plein en Bretagne, nous ce que l’on préfère en Écosse ce sont les paysages de landes désertiques et sans fin. C’est décidé, on descendra par les terres.
On fait une partie du tour du Loch Eribol (qui est en réalité un bras de mer) et Lolo nous trouve une piste qui grimpe dans les montagnes. Et là sans transition, après une bonne grimpette, on se retrouve au milieu de nulle part, seuls au monde. Des landes partout, des montagnes, et un peu l’impression d’être de retour sur les pistes péruviennes ! Quel bon choix ! Au milieu de la piste il faut enlever les souliers pour traverser une rivière, et puis on rejoint une petite route qui traverse une vallée inhabitée. Des landes montagneuses à perte de vue, quelques lacs et presque personne. Heureusement quand-même deux couples de randonneurs qui regagnaient leurs véhicules et qui ont pu nous dépanner en eau !
Rencontre avec Mac Gyver
On continue notre descente vers Inverness le long de petites routes. Les paysages deviennent mois spectaculaires, plus campagnards, on traverse régulièrement des villes et villages.
Notre obsession du moment c’est notre réchaud qui ne marche plus, ou à peine. C’est un réchaud à essence et en ce moment en Écosse il n’a pas plu depuis 6 semaines. Tout est sec sec sec et les risques d’incendie au plus haut. Du coup le soir quand on essaie de se faire à manger dans un champ tout sec avec plein de vent, c’est vraiment pas rassurant de jouer avec de l’essence. Ça se fini plusieurs fois avec de la semoule qui gonfle à l’eau froide et du porridge à l’eau froide et pas de café le matin, et c’est vraiment pas top.
Un matin, on trouve une table de pique-nique, il n’y a pas trop de vent, et on essaie encore de tout démonter et remonter le réchaud en étant un peu mieux installés. Par intermittence on arrive à avoir un peu de flammes, mais pas de quoi se faire à manger. Et là on rencontre un anglais et sa maman qui sont en vacances, on discute, et il nous dit qu’il a une malette de réparation dans son auto.
Il passe un moment à nous bricoler un truc en collier rislan pendant que je discute avec sa maman, et ça semble fonctionner. On se dit que l’on est sauvés en attendant un retour du SAV.
Finalement le soir ça ne marche toujours pas, mais ça fait du bien au moral de croiser des gens sympas comme ça.
Arrêt warmshower chez Keith
Warmshower est un réseau de cyclistes qui proposent d’héberger d’autres cyclistes voyageurs pour une ou plusieurs nuits. On y avait eu recours plusieurs fois en Amérique du Sud,et on a aussi hébergé plusieurs cyclistes chez nous.
Comme on souhaitait faire une pause aux environs d’Inverness, on a sollicité Keith.
La pluie fait son grand retour la veille de notre arrivée chez lui. Ça nous fait tout drôle de remettre veste et pantalon de pluie. L’approche et la traversée d’Inverness ne sont pas une partie de plaisir. On suit un itinéraire vélo qui longe une route passante et bruyante. Une fois dans Inverness beaucoup de circulation et un centre ville piéton bondé de monde: on ne traine pas et on file chez Keith, à 15km, à la campagne. Il vit dans une maison avec un grand jardin juste à côté d’une forêt. Keith est un jeune retraité très dynamique qui adore les activités de plein air, vélo, rando et jardinage. Il est aussi super bricoleur et très calé en mécanique vélo. Durant le covid il a dépanné plein de voisins et avec le bouche à oreille il est devenu réparateur de vélo.
Il a aussi essayé de réparer notre réchaud, et dans son atelier avec tout ses outils on a pu comprendre d’où venait la panne. Et comme il est vraiment trop gentil il nous a offert un de ses vieux réchaud à gaz dont il ne se servait plus. On va donc pouvoir manger chaud et boire du café le matin !
On passe de très bonnes journées chez lui et ses deux chiens. Deux labradors noirs tout mignons qui adorent les gratouilles. Il nous prépare une excellente tarte aux poissons, fait déguster un bon whisky écossais à Lolo et on a plaisir à discuter avec lui. Pendant 9 ans il a été LE médecin de Tiree, une petite île écossaise à 4 heures de bateau de la côte. Si urgence, c’était l’hélicoptère qui mettait une heure à venir…quand il pouvait décoller !
Une sacrée expérience !